Situé à la limite des Côtes-d’Armor et du Morbihan, le barrage de Guerlédan est le plus grand ouvrage hydroélectrique de Bretagne. Construit au début du XXe siècle, il retient les eaux du Blavet pour produire de l’électricité et sécuriser l’approvisionnement en eau potable de la région.
Une prouesse technique en Bretagne centrale
Inauguré en 1930, le barrage de Guerlédan est l’ouvrage hydroélectrique majeur de la région. Sa construction a mobilisé des centaines d’ouvriers et des volumes de matériaux inédits pour l’époque, marquant l’entrée de la Bretagne dans l’ère industrielle.
Les chiffres vertigineux de l’ouvrage
Le barrage de Guerlédan est un barrage poids en béton. Sa stabilité repose sur sa masse, qui s’oppose à la poussée de l’eau. Pour contenir les 55 millions de mètres cubes du lac, l’édifice mesure 45 mètres de haut au-dessus du lit de la rivière et 206 mètres de longueur de crête.
La structure possède une épaisseur de 33,50 mètres à sa base, s’affinant jusqu’à 1,50 mètre au sommet. Au total, 110 000 mètres cubes de béton ont été coulés pour ériger ce mur. Voici les caractéristiques techniques principales :
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Type d’ouvrage | Barrage poids en béton |
| Hauteur visible | 45 mètres |
| Longueur de crête | 206 mètres |
| Volume de retenue | 51 à 55 millions de m³ |
| Superficie du lac | 304 à 400 hectares |
Un barrage poids conçu pour durer
La conception de type poids est un choix lié à la géologie de la vallée du Blavet. Le granit breton offre une assise solide pour supporter la pression verticale du béton. Guerlédan est une sentinelle fixe dont la seule variable est le niveau de sa surverse, le dispositif qui évacue le trop-plein lors des crues hivernales. L’usine hydroélectrique, située au pied du mur, transforme la chute d’eau en électricité pour le réseau local.
L’histoire de sa construction
Le projet de Guerlédan est né de la volonté de Joseph Ratier de désenclaver la Bretagne par l’électricité. Ce progrès a toutefois nécessité le sacrifice d’une voie de communication historique.
Le projet de l’Union hydroélectrique armoricaine
Après la Première Guerre mondiale, la Bretagne accuse un retard en matière d’électrification. En 1923, l’Union hydroélectrique armoricaine lance le chantier. La première pierre est posée en 1924, mais des difficultés financières interrompent les travaux dès 1925. Le chantier reprend en 1927 pour une mise en service définitive en 1930.
La construction a transformé les communes de Saint-Aignan et de Mûr-de-Bretagne en centres d’activité intenses. Le défi était logistique : acheminer le ciment, le sable et le fer dans une vallée encaissée. L’inauguration a fait de Guerlédan le symbole d’une Bretagne moderne.
Le sacrifice du canal de Nantes à Brest
L’édification du barrage a entraîné l’interruption de la navigation sur le canal de Nantes à Brest. En noyant la vallée sur 12 kilomètres, le barrage a submergé 17 écluses. Le chemin de halage et les maisons éclusières ont disparu sous les eaux.
Ce sectionnement du canal a marqué la fin du transport fluvial en Centre-Bretagne. Aucun projet d’ascenseur à bateaux n’a abouti, laissant le barrage comme un verrou infranchissable pour la navigation, tout en créant un plan d’eau pour les activités nautiques.
Le lac de Guerlédan : un soutien pour le territoire
Le lac créé par le barrage est devenu un élément indispensable de la vie locale. S’étirant sur 12 kilomètres, ce réservoir remplit des fonctions qui dépassent la production d’électricité.
L’alimentation en eau potable et la gestion des crues
Le lac de Guerlédan est la plus grande réserve d’eau douce de la région. Il permet d’alimenter en eau potable une grande partie du Morbihan et des Côtes-d’Armor. En régulant le débit du Blavet, le barrage agit comme un tampon lors des fortes précipitations, évitant des inondations en aval, notamment vers Pontivy.
En période de sécheresse, cette réserve soutient le réseau de distribution d’eau potable. Sans ce stock de 50 millions de mètres cubes, l’ouest du Morbihan subirait des pénuries. Cette infrastructure industrielle est donc un organe vital pour la résilience du territoire face aux variations climatiques.
Un pôle touristique en Centre-Bretagne
Le lac est aujourd’hui un site de villégiature. Les activités nautiques comme le canoë-kayak, la voile ou les croisières y sont pratiquées. Les berges offrent des panoramas variés, notamment depuis le site de Trégnanton ou l’anse de Sordan. Les randonneurs utilisent le sentier de grande randonnée GR 341 qui fait le tour du lac.
Les vidanges décennales : quand le passé ressurgit
Tous les trente ans environ, le lac de Guerlédan est totalement vidangé. Ces événements transforment le paysage et permettent d’observer ce que l’eau a caché pendant des décennies.
Le spectacle de la vallée engloutie
Lors d’une vidange, le retrait des eaux révèle les vestiges de l’ancienne vallée du Blavet : murets de pierre, souches d’arbres, anciennes carrières d’ardoise et écluses du canal. C’est un voyage temporel qui permet de visualiser l’impact de la construction du barrage sur le relief originel.
La vidange de 2015 a attiré un public nombreux, curieux de redécouvrir l’étroitesse de la vallée et la rudesse du terrain qui avait séduit les ingénieurs des années 1920. Ces moments de mise à nu sont les seuls instants où le barrage perd son mystère.
Les coulisses de l’entretien technique
La vidange est une nécessité pour la sécurité de l’ouvrage. Elle permet aux ingénieurs d’EDF d’inspecter les parties immergées. Pendant plusieurs mois, le parement amont est ausculté et nettoyé. On vérifie l’étanchéité, l’état des vannes de fond et la solidité des fondations en béton.
Entre deux vidanges, des inspections sous-marines par robots sont effectuées pour s’assurer que le barrage ne présente aucune faiblesse. La prochaine vidange complète n’est pas prévue avant plusieurs décennies.
Organiser sa découverte du site
La visite du barrage de Guerlédan nécessite une organisation préalable, car l’accès aux installations est réglementé. L’expérience reste enrichissante grâce aux infrastructures pédagogiques environnantes.
L’Électrothèque et les parcours extérieurs
Pour comprendre le fonctionnement de l’hydroélectricité, l’Électrothèque du lac de Guerlédan à Saint-Aignan est un passage indispensable. Ce musée retrace l’électrification de la Bretagne et détaille le fonctionnement technique du barrage avec des maquettes et des documents d’archives.
À l’extérieur, un parcours aménagé permet d’approcher le couronnement du barrage. Des panneaux explicatifs offrent des clés de lecture sur l’architecture de l’édifice. Pour la photographie, la rive opposée à l’usine offre le meilleur point de vue sur le mur de béton.
Accès et conseils pratiques
Le site est accessible en voiture depuis l’axe Rennes-Brest (N164). Des parkings sont aménagés à proximité, côté Mûr-de-Bretagne ou côté Saint-Aignan. Il est conseillé de porter des chaussures de marche pour arpenter les sentiers escarpés autour du lac.
La meilleure période pour visiter est le printemps ou l’automne pour profiter du calme. Comptez environ 1h30 pour le barrage et ses abords, et une demi-journée pour inclure l’Électrothèque. À proximité, l’abbaye de Bon-Repos permet de prolonger la découverte du patrimoine breton.
Le barrage de Guerlédan est un monument à la gloire de l’ingéniosité humaine, un verrou protecteur devenu un élément indissociable du paysage breton. Que l’on soit passionné d’histoire industrielle ou amateur de grands espaces, ce colosse de béton reste un site incontournable.
- Éclade de moules : la méthode traditionnelle pour un fumage parfait aux aiguilles de pin - 1 avril 2026
- Barrage de Guerlédan : 45 mètres de béton, une vallée engloutie et une réserve vitale pour la Bretagne - 1 avril 2026
- Soupe au chou blanc : 5 astuces pour réussir un velouté onctueux sans amertume - 31 mars 2026







